Se déplacer pas cher en Islande : ce que personne ne vous dit sur le vrai budget transport
Quand j'ai posé le pied sur le tarmac de Keflavík la première fois, en 2019, j'avais un budget serré et une idée très vague de la façon dont j'allais parcourir ce pays. J'avais lu partout que sans voiture, l'Islande était fichue. Faux. J'ai passé dix jours sur l'île en bus, en covoiturage et à pied, pour un total de transports d'environ 180 € tout compris. Trois ans plus tard, j'y suis retournée avec une voiture de location partagée, et j'ai dépensé presque le double pour à peu près le même trajet.
Voilà le truc que les guides répètent sans jamais le chiffrer : le transport en Islande n'est pas cher ou cher en soi. Il dépend d'une seule décision, prise avant de partir.
Points clés à retenir
- Il n'existe aucun train en Islande — tout passe par la route ou l'avion intérieur.
- Le transfert aéroport Keflavík ↔ Reykjavík coûte environ 30 € en bus (FlyBus) contre 100 à 150 € en taxi.
- La voiture ne devient rentable qu'à partir de 2-3 voyageurs partageant les frais.
- Les lignes de bus intérieures sont réduites ou suspendues en hiver : la haute saison change tout.
- Le covoiturage (groupes Facebook, Samferða) est le levier d'économie le plus sous-estimé.
- Certaines zones — Hautes Terres, Fjords de l'Ouest — restent quasi inaccessibles sans véhicule.
Comment se déplacer en Islande sans voiture ?
La réponse honnête : c'est possible, mais ça se planifie comme une opération militaire. L'Islande n'a pas de réseau ferroviaire — zéro kilomètre de voie ferrée sur tout le territoire. Tout repose donc sur trois piliers : le bus public Strætó, les bus longue distance touristiques, et l'avion intérieur.
Le réseau Strætó et la gare routière BSI
À Reykjavík et dans sa région, Strætó fait le job. Les bus urbains couvrent la capitale et ses environs pour quelques euros le ticket. La gare routière centrale, BSI, est le point de départ de presque toutes les lignes longue distance vers le reste du pays.
Les bus longue distance et le Bus Pass
Pour sortir de la capitale, il faut compter sur les compagnies touristiques qui sillonnent la Ring Road et certaines routes secondaires. Le principe du Bus Pass (type Full Circle Pass) permet de parcourir un itinéraire complet sur plusieurs jours pour un tarif forfaitaire, au lieu d'accumuler les billets à l'unité. Le piège : sur la plupart des lignes longue distance, la réservation est obligatoire — on ne monte pas comme dans un bus urbain. Hors saison, les fréquences chutent brutalement, et certaines lignes intérieures sont carrément suspendues en hiver.
L'avion intérieur pour les longues distances
Pour Reykjavík–Akureyri, le vol intérieur peut battre le bus en temps comme en prix selon la période. Ça paraît contre-intuitif, mais sur ce type de trajet, il faut toujours comparer les deux avant de décider.
Bus, voiture, avion : le comparatif chiffré qu'on ne trouve nulle part
Prenez un trajet type : Reykjavík vers Akureyri, environ 380 km par la route. Voici comment les options se comparent réellement.
| Mode | Coût indicatif (par personne) | Temps | Quand c'est le bon choix |
|---|---|---|---|
| Bus longue distance | Modéré à l'unité, réduit avec un pass | Long (journée entière) | Voyageur solo, flexible sur les dates |
| Vol intérieur | Variable, parfois bas en réservant tôt | Très court (moins d'une heure) | Court sur temps, une seule personne |
| Voiture de location | Élevé en solo, rentable partagé | Intermédiaire, liberté totale | 2 voyageurs ou plus |
| Covoiturage / stop | Quasi nul à symbolique | Imprévisible | Haute saison, routes principales |
Le seuil de rentabilité de la voiture est le point que j'aurais aimé qu'on m'explique avant mon premier voyage : seul, une location vous coûtera plus cher que tout le reste combiné. À deux ou trois, la donne s'inverse complètement.
Les stratégies concrètes pour payer moins
Le covoiturage est le levier que presque personne ne mentionne dans les guides classiques. Les groupes Facebook de voyageurs en Islande et les plateformes de type Samferða mettent en relation conducteurs et passagers pour partager les frais d'essence et de location. Sur mon deuxième séjour, c'est comme ça que j'ai traversé le sud de l'île pour une fraction du prix d'un bus touristique.
- Partager une location entre voyageurs rencontrés sur place ou via des groupes dédiés
- Acheter un pass multi-jours plutôt que des billets individuels quand l'itinéraire est déjà fixé
- Combiner bus + excursion guidée pour les sites isolés mal desservis
- Privilégier l'auto-stop sur les routes principales en été — pas dans les Hautes Terres
Attention à une limite que les articles optimistes taisent : l'auto-stop fonctionne bien sur la Ring Road en haute saison, beaucoup moins sur les routes secondaires et les Fjords de l'Ouest. Et en hiver, oubliez.
Manger et dormir sans exploser le budget transport
Le transport n'est qu'une ligne du budget. En Islande, se loger et se nourrir pèse souvent plus lourd — et ça conditionne directement vos choix de déplacement. Dormir en camping ou en auberge près des axes desservis par les bus permet de tout faire à pied ou en navette locale. Manger pas cher, c'est-à-dire cuisiner dans les cuisines partagées des auberges et faire ses courses en supermarché, libère de la marge pour le transport.
J'ai fait l'erreur, au premier voyage, de réserver un hébergement isolé « pour le calme » sans vérifier la desserte en bus. Résultat : 45 minutes de marche sous la pluie à chaque trajet. Le logement et le transport se décident ensemble, jamais séparément.
Le cas Landmannalaugar et les Hautes Terres
Landmannalaugar, dans les Hautes Terres, est l'exemple parfait de la zone où le bus spécialisé devient obligatoire. Les routes y sont souvent réservées aux 4x4, et les bus qui y montent sont des services dédiés, opérant principalement en été. C'est cher, mais c'est la seule option réaliste sans véhicule tout-terrain — et le prix reste inférieur à celui d'une location de 4x4 pour une seule personne.
Ce que personne ne vous dira franchement
Le secret du transport pas cher en Islande n'est pas une astuce magique. C'est une question de saison, de nombre de voyageurs et de flexibilité. Seul, en été, avec un pass de bus et le covoiturage comme plan B, on s'en sort pour bien moins qu'une location. À quatre, en hiver, la voiture partagée gagne presque toujours.
La vraie question n'est donc pas « quel est le transport le moins cher », mais « qui voyage avec moi, et quand ». Répondez à ça, et le reste suit. Et si vous partez seul en janvier en comptant sur l'auto-stop, honnêtement, prévoyez un plan de secours.